Baptiste Giraud, « La (dé)politisation des stratégies de la grève », Silomag, n° 19, juillet 2025.
Rédacteur
Odile K
Résumé
Conclusion
Malgré cette tendance à la dépolitisation et l’affaiblissement de leurs réseaux militants, les syndicats n’en conservent pas moins une capacité de mobilisation sociale sans commune mesure avec n’importe quelle autre organisation politique. Plus largement, et à la différence des partis politiques, ils fonctionnent encore comme l’un des principaux espaces d’engagement et de socialisation des classes populaires aux conflits de classe et à des modes d’appréhension critiques de l’ordre capitaliste, et restent en capacité de faire émerger des porte-parole issus de leurs rangs plutôt que de faire parler une élite sociale en leur nom. Si les syndicats ne veulent et ne peuvent plus être considérés comme de simples relais de la lutte anticapitaliste, ils n’en continuent donc pas moins à occuper une place incontournable dans la construction d’une possible alternative politique incluant pleinement les classes populaires comme actrices du changement. Les forces politiques de gauche sont ainsi diversement interpelées par l’évolution du syndicalisme. À la lumière de ce qu’elle est, on perçoit d’abord aussi bien l’écueil d’une vision fantasmée des aspirations révolutionnaires des classes populaires, que les limites des stratégies partisanes de caporalisation ou au contraire de mise à distance des syndicats dans la construction d’une alternance politique. Une rupture franche avec trente ans de réformes néolibérales des règles du dialogue social, visant à en faire un levier d’accompagnement des politiques patronales[10], pour renforcer au contraire les droits mis à disposition des syndicats pour agir comme de réels contre-pouvoirs face aux décisions patronales s’offre de ce point de vue comme une alternative, respectueuse de l’autonomie politique des syndicats et pertinente pour les réhabiliter pleinement dans leur capacité à contribuer à l’émancipation des travailleurs vis-à-vis de la domination des marchés. On perçoit aussi la responsabilité de la gauche politique pour ouvrir des perspectives crédibles de changements politiques pour les travailleurs qui puissent, comme pendant le Front Populaire, servir de point d’appui à la dynamisation des luttes syndicales.
Malgré cette tendance à la dépolitisation et l’affaiblissement de leurs réseaux militants, les syndicats n’en conservent pas moins une capacité de mobilisation sociale sans commune mesure avec n’importe quelle autre organisation politique. Plus largement, et à la différence des partis politiques, ils fonctionnent encore comme l’un des principaux espaces d’engagement et de socialisation des classes populaires aux conflits de classe et à des modes d’appréhension critiques de l’ordre capitaliste, et restent en capacité de faire émerger des porte-parole issus de leurs rangs plutôt que de faire parler une élite sociale en leur nom. Si les syndicats ne veulent et ne peuvent plus être considérés comme de simples relais de la lutte anticapitaliste, ils n’en continuent donc pas moins à occuper une place incontournable dans la construction d’une possible alternative politique incluant pleinement les classes populaires comme actrices du changement. Les forces politiques de gauche sont ainsi diversement interpelées par l’évolution du syndicalisme. À la lumière de ce qu’elle est, on perçoit d’abord aussi bien l’écueil d’une vision fantasmée des aspirations révolutionnaires des classes populaires, que les limites des stratégies partisanes de caporalisation ou au contraire de mise à distance des syndicats dans la construction d’une alternance politique. Une rupture franche avec trente ans de réformes néolibérales des règles du dialogue social, visant à en faire un levier d’accompagnement des politiques patronales[10], pour renforcer au contraire les droits mis à disposition des syndicats pour agir comme de réels contre-pouvoirs face aux décisions patronales s’offre de ce point de vue comme une alternative, respectueuse de l’autonomie politique des syndicats et pertinente pour les réhabiliter pleinement dans leur capacité à contribuer à l’émancipation des travailleurs vis-à-vis de la domination des marchés. On perçoit aussi la responsabilité de la gauche politique pour ouvrir des perspectives crédibles de changements politiques pour les travailleurs qui puissent, comme pendant le Front Populaire, servir de point d’appui à la dynamisation des luttes syndicales.